Ai-je intérêt à remplacer mes cigarettes par la cigarette électronique ?

Une alternative controversée

3,3 % des français utilisent quotidiennement une cigarette électronique (donnée Inca). Faute d’études probantes sur l’intérêt et l’innocuité de l’e-cigarette dans le cadre du sevrage tabagique, un débat d’experts sème le trouble auprès des fumeurs et vapoteurs.

 

 

Qu’est-ce qu’une e-cigarette ?

Les cigarettes électroniques sont composées de trois éléments :

  • une pile ou une batterie rechargeable
  • une cartouche ou un réservoir contenant le « e-liquide ». Ce liquide contient généralement plusieurs produits chimiques : propylène glycol ou du glycérol, des arômes (il en existe 7764 différents selon l’OMS) ; et de la nicotine à des concentrations variables.
  • une résistance chauffante ou atomiseur, qui va transformer le liquide en vapeur à inspirer.

Plus de la moitié des fumeurs auraient déjà essayé l’e-cigarette. Source : Office Français de Prévention du Tabagisme

La cigarette électronique est-elle moins risquée pour la santé ?

La fumée des cigarettes traditionnelles contient un cocktail de toxiques (monoxyde de carbone, goudrons, nitrosamines, hydrocarbures…) responsable des maladies cardiovasculaires et des cancers. La vapeur des e-cigarettes ne contient pas ces composés, et permet aux fumeurs dépendants de réduire les risques liés au tabagisme.

Les e-cigarettes peuvent cependant dégager d’autres substances irritantes voir cancérigènes, mais en bien moindre quantité que dans la fumée de cigarette.
​La Société française de tabacologie rappelle que si les cigarettes électroniques de 1ère génération pouvaient contenir des nitrosamines (substances cancérigènes), celles de 2ème et 3ème génération n’en contiennent plus. De plus, le recours à l’e-cigarette constitue une alternative aux traitements nicotiniques de substitution, pour réduire les risques liés au tabagisme. Cependant cette réduction des risques n’est valable qu’à condition d’arrêter complètement de fumer.  En effet, si l’on continue à fumer (même moins), l’utilisation de e-cigarettes n’entraîne pas de réduction des risques pour la santé.

Compte tenu du manque de recul sur les effets à long terme du « vapotage », certains experts recommandent de ne pas dépasser 6 mois d’utilisation et déconseillent l’e-cigarette aux non-fumeurs, aux mineurs, aux femmes enceintes et allaitantes.

 

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« Bio », « 100% française », « naturelle» ?

La réglementation encadrant les e-cigarettes est insuffisante et certaines allégations marketing peuvent induire en erreur sur la nature du produit. Rappelons que la cigarette électronique présente un intérêt uniquement si on la compare aux méfaits de la cigarette traditionnelle, et si son usage se limite à une transition vers le sevrage tabagique.

L'Agence française de normalisation (Afnor) a publié le 2 avril 2015 deux normes permettant de garantir un certain niveau de sécurité pour les vapoteurs, elles concernent :

  • La cigarette électronique en tant que telle (norme XP D90-300-1) : réduction du risque de surchauffe de l'appareil, la résistance aux chocs...
  • La composition du e-liquide (norme XP D90-300-2) : interdiction de certaines substances cancérogènes, énergisantes, conservateurs, taux de nicotine fiable...

Les industriels ne seront pas dans l'obligation de les appliquer, mais cela leur permettra de garantir aux utilisateurs un niveau de sécurité supérieur. En savoir plus : consulter l'article de 60 millions de consommateurs.

 

Les risques liés à la nicotine

Le pouvoir addictif de la nicotine est le plus puissant parmi les drogues licites et illicites actuellement sur le marché. Elle est classée substance « très dangereuse » par l’OMS car bien que n’étant pas elle-même cancérogène, elle peut jouer le rôle de «promoteur de tumeur». Certaines e-cigarettes délivrent des quantités importantes de nicotine, et maintiennent donc la dépendance physique, tout en entretenant la dépendance comportementale (gestuelle, « pause clope »). D’autres n’en contiennent pas du tout.

Le dosage en nicotine doit être adapté aux besoins de chacun. Les distributeurs, qui sont avant tout des commerçants, ne sont pas toujours de bon conseil : ils se basent sur la quantité de cigarettes fumées pour déterminer le dosage des "e-liquides" en nicotine. Cependant d’autres éléments sont à prendre en compte tels que le dosage du monoxyde de carbone (CO) , le score de dépendance à la nicotine (test de Fagerström).

 

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Le plan anti-tabac du gouvernement.
Ce programme national de réduction du tabagisme a pour objectif de :
  • Protéger les jeunes et éviter leur entrée dans le tabagisme : adoption des paquets neutres, moins attractifs ; rendre non fumeurs les espaces publics de jeux pour enfants, Interdire le vapotage dans les lieux publics, etc.
  • Aider les fumeurs dans leur sevrage : impliquer davantage les médecins traitants dans la lutte contre le tabagisme ; améliorer le remboursement du sevrage tabagique : actuellement le forfait de 50€/an est triplé pour les femmes enceintes et les jeunes de 20 à 25 ans, etc.
  • Agir sur l’économie du tabac : renforcer la transparence sur les activités de lobbying de l’industrie du tabac ; renforcer la lutte contre le commerce illicite de tabac.

 

 

Pourquoi ne peut-on pas "vapoter" partout ?

La prévalence tabagique étant de 34% en France, il est important de « débanaliser » la consommation de cigarettes. C’est l’une des raisons pour lesquelles il est interdit de fumer dans les lieux publics. Dans le même objectif, la publicité directe ou indirecte en faveur des dispositifs de vapotage est réglementée.

Aujourd’hui, il est interdit par la loi (art.L. 3511-7-1) de vapoter dans :

  • les établissements scolaires et destinés à l’accueil, à la formation et à l’hébergement des mineurs
  • les moyens de transport collectif fermés
  • les lieux de travail fermés et couverts à usage collectif

 

Les recommandations de l’OMS créent la polémique

Avec 73 000 décès annuels, le tabagisme est la première cause de mortalité évitable en France en 2014.

Dans son rapport publié fin août 2014, l’OMS rappelle que la brume dégagée par les cigarettes électroniques «n'est pas de la simple “vapeur d'eau”  comme le prétendent souvent les stratégies de marketing de ces produits » et que « La plupart des inhalateurs électroniques de nicotine n’ont pas été testés par des scientifiques indépendants ». Elle précise également que « les rares tests réalisés révèlent d’importantes variations dans la nature de la toxicité des constituants et des émissions ». L’OMS rappelle que « la stratégie marketing de ces dispositifs risque de donner une image séduisante du tabagisme, d’attirer les enfants et les non-fumeurs» et recommande donc notamment de renforcer la réglementation encadrant la composition des e-fluides, et d’interdire la vente de cigarettes électroniques aux mineurs, estimant que leur consommation pose de « graves menaces » pour les adolescents.

Six tabacologues et spécialistes des addictions contestent les conclusions de ce rapport dans un article de la revue « Addiction ». Ils estiment que l’OMS exagère les risques et sous-estime son intérêt comme solution de rechange au tabac. « L'utilisation de la cigarette électronique pourrait sauver des millions de vies au cours de ce siècle et avoir l'impact de santé publique le plus important dans l'histoire de l'usage du tabac », explique le docteur Jacques Le Houezec, un spécialiste français du tabagisme et l'un des auteurs de l'article.

 

Retrouvez dans Je veux agir des conseils pratiques pour réduire, voire arrêter votre consommation de tabac.
 

Dernière mise à jour : 26 octobre 2016.