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Bébés sans bras, hasard ou environnement ?

L’affaire des bébés sans bras a éclaté en septembre dernier, avec plusieurs cas groupés en Loire Atlantique, dans le Morbihan mais aussi dans l’Ain. L’agence Santé Publique France a conclu rapidement à l’absence de causes environnementales. La situation a pris une tournure nettement plus polémique avec le licenciement de la directrice du registre Rhône-Alpes REMERA des malformations, opposée à ce classement sans suite et la fin des subventions au registre ….

 

Cette histoire illustre bien la nécessité d’avoir une politique cohérente de santé environnementale. Il existe toujours une probabilité même faible que ces regroupements de cas soient dus au hasard, mais cela ne signifie pas que ce soit la seule explication. Il faut chercher par principe les causes environnementales et pour les trouver, il faut se doter des outils nécessaires. L’enquête est souvent très complexe car il s’agit de trouver des événements de courte durée. Le déroulement de la grossesse est en effet une succession d’événements de courte durée, surtout pendant la période de formation des organes, ce que l’on appelle l’organogenèse ou l’embryogénèse, qui va de la 3ème à la 8ème semaine.

Qu’il y ait un ensemble de cas est en soi une information utile, mais cela ne signifie qu’un cas isolé ne puisse pas être lié aussi à une cause environnementale. Si votre voisin a déversé des pesticides sur le champ à côté de votre maison, que le vent vous en a envoyé une partie et que vous êtes la seule femme enceinte à avoir été contaminée, l’impact sanitaire ne peut pas être considéré comme le simple fait du hasard.

Si les pesticides sont la première hypothèse, d’autres substances peuvent être concernées. Les substances reprotoxiques peuvent être des solvants, comme l’a montré l’étude Pélagie menée en Bretagne auprès de 3241 femmes enceintes (mise en cause des éthers de glycol et des solvants chlorés). Le mécanisme n’est pas seulement de type génotoxique, comme on l’a cru pendant longtemps, il peut être aussi de type perturbateur endocrinien (PE).

Cela justifie que ces substances soient éliminées de notre environnement. Cet objectif vient d’être rappelé dans le texte de la deuxième phase de la Stratégie Nationale Perturbateurs Endocriniens qui vient d’être publiée. La société civile doit se mobiliser. C’est le sens de la campagne Villes et Territoires sans Perturbateurs Endocriniens qu’a lancée le RES en octobre 2017. Près de 200 villes ont signé la charte, soit directement (Paris, Strasbourg, Toulouse…), soit via leur communauté d’agglomération (Douaisis, Saint-Omer, Cœur d’Ostrevent). Trois régions ont emboîté le pas : Ile-de-France, Nouvelle Aquitaine et Occitanie, en savoir plus.

Par de là cette affaire, protéger la période sensible de la grossesse et de la petite enfance doit, plus que jamais, être  la priorité n°1 de santé publique !

 

André Cicolella Président du Réseau Environnement Santé

 

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